Château-Larcher
Cité médiévale d'histoire et de patrimoine
HISTOIRE
La présence humaine sur la commune de Château-Larcher est attestée dès le quatrième millénaire avant Jésus-Christ, avec la découverte de tombes et de dolmens sur le plateau de Thorus.
Il est possible que la commune ait accueilli dans l'Antiquité un oppidum gaulois nommé Mesgonno, nom primitif de Château-Larcher attesté en 857. Toutefois, l'archéologie n'en a pas exhumé de traces.
Dans le hameau de Baptresse, a été retrouvé un autel romain du IIe siècle apr. J.-C. ainsi que des fragments de tuiles romaines.
Château-Larcher apparait au IXe siècle dans les textes sous la forme latinisée Castrum Acardi en 976, d'un nom de personne germanique (un seigneur ?) Achart. Cet acte mentionne la fondation d'un premier édifice religieux et la construction d'une première forteresse, un castrum, c'est-à-dire un chastel, dont l'existence est bien avérée. Au Xe siècle, un prieuré y est fondé. À l'époque carolingienne, Château-Larcher est occupée par une lignée puissante d'aristocrates qui possèdent des terres et une forteresse composée d'une tour, d'une chapelle et d'un moulin. Cette place forte permettait de surveiller la haute vallée du Clain, ainsi que la route d'Angoulême et de Bordeaux.
Cette importance stratégique n'échappa pas à la puissante famille voisine des Lusignan, qui y installera une garnison au cours du XIIIe siècle. Le château est alors reconstruit ; ce sont ses vestiges que l'on découvre de nos jours.
Pendant la guerre de Cent Ans, le village est aux mains des Anglais, du début du XIVe siècle jusqu'en 1372. Les constructions du village sont endommagées. En 1504, les Rochechouart de Mortemart héritent de la châtellenie qu'ils conservent jusqu'en 1686.
Durant la Révolution française, pour suivre le décret de la Convention du 25 vendémiaire an II invitant les communes ayant des noms pouvant rappeler les souvenirs de la royauté, de la féodalité ou des superstitions, à les remplacer par d'autres dénominations, la commune change de nom pour Le Rocher. Mais, dès 1793, le village reprit son ancien nom : d'abord de Châteaularcher puis de Château l'Archer en 1801.
Avec la Révolution française de 1848 et le retour de la République, un arbre de la liberté est planté. Pour le centenaire de cette révolution, un nouvel arbre de la liberté est planté à proximité du monument aux morts.
PATRIMOINE RELIGIEUX
L'église Notre-Dame-et Saint-Cyprien
L'église Notre-Dame-et Saint-Cyprien date du XIIe siècle. Elle faisait partie intégrante de la fortification, comme en témoigne la tour du XIVe siècle qui masque en partie la façade. La façade occidentale possède un portail que précède un court perron. Le portail est surmonté d'une fenêtre et d'un pignon obtus. Ses trois voussures sont richement décorées et tombent sur trois paires de colonnes surmontées de chapiteaux. Celle du centre est ornée d'une suite de quadrupèdes assis (cochons ? sangliers ?) qui se font face deux par deux. Des animaux fantastiques figurent sur les chapiteaux des colonnettes (griffons, oiseaux dont les queues se terminent en tête de serpent). Les scoties des bases des colonnettes sont décorées de boules et d'étoiles. Enfin, le portail est surmonté d'une corniche composée de modillons, de métopes et de bas reliefs de style archaïque. Ces derniers pourraient représenter des lions. Il faut, aussi, remarquer parmi ce décor, les deux bucranes directement inspirés des modèles antiques.
L'église est construite en moyen appareil calcaire sauf la façade, du moins la partie qui est sous la corniche, qui est en appareil losangé.
À l'intérieur, un mur droit fut construit au fond de l'édifice au XVIIe siècle à la suite de la destruction du chœur résultant de l'effondrement du clocher en 1668. La nef est courte. Elle possède deux travées aux arcs brisés. Ses chapiteaux sont sobres.
L'église abrite un grand retable baroque du XVIIe siècle à cinq panneaux sculptés. De chaque côté du retable, deux bas reliefs en terre cuite du XVIe siècle représentent d'une part un saint évêque et un religieux agenouillé (ou René de Rochechouart, seigneur de Château-Larcher de 1568 à 1587 avec ses fils et l'évêque saint René d'Angers) et d'autre part une apparition de Christ à Saint Pierre après la Résurrection. Elle est classée Monument Historique depuis 1910 pour sa tour.
La chaire de l'église est monumentale : elle mesure 5,6 m de haut. Elle a été sculptée par les moines cisterciens de l'abbaye de Chatelliers, vers Saint-Maixent. Elle est en bois et elle date du XVIIIe siècle, mais n'a été installée dans l'église que vers 1874. Elle est fixée sur un des piliers nord de la croisée du transept. Un escalier qui tourne autour du pilier, de dix marches, muni d'une petite porte, monte à la cuve de forme hexagonale. Ses panneaux représentent les principaux mystères de la vie de la Vierge :
- La Nativité. Ce panneau située sur la cuve est le plus proche de l'escalier. Il est légèrement mutilé. Il représente Marie et Joseph penchés sur l'Enfant Jésus.
- L'Immaculée Conception est représentée sur le deuxième panneau de la cuve. La Vierge est représentée debout, les mains jointes. Au-dessus de sa tête, à gauche, le soleil et à droite la lune, sont sculptés. La tradition iconographique se référant à la Femme de l'Apocalypse (Ap12,1) représente l'Immaculée Conception enveloppée de soleil avec la lune sous ses pieds. Cette iconographie très utilisée à partir de la Contre Réforme, est ici suggérée par la présence des deux astres.
- L’Assomption de la Vierge est représentée sur le troisième panneau. Vers la fin du XIIIe siècle, le thème de la Résurrection de la Vierge disparait au profit de son Assomption. L'Assomption est passive. Marie est enlevée au paradis par les anges (ici seulement les têtes sont représentées) au contraire de l' Ascension du Christ, active, lequel monte au Ciel par ses propres moyens.
- La Purification de la Vierge. Toute femme relevant des couches était considérée comme impure pendant 40 jours. Elle devait, passé ce délai, se rendre au temple avec son enfant pour le présenter aux prêtres et recevoir leur bénédiction. Ainsi, on voit sur le panneau, la cuve pour les ablutions purificatrices ainsi que le Temple de Jérusalem qui est symbolisé par trois colonnes et une architrave.
- L’Annonciation. Ce panneau reprend l'iconographie classique : l'archange Gabriel, messager des cieux, s'adresse à Marie en méditation sur la bible. Marie est agenouillée. L'archange tend sa main droite en levant l'index et tend normalement de sa main gauche un phylactère sur les volutes duquel est inscrit le texte même de son message "Ave Maria" ou une branche de lys qui symbolise la virginité de Marie. Ici, le sculpteur a préféré sculpter un instrument de musique pour traduire la joie de la bonne nouvelle. Au-dessus de la Vierge, la colombe du Saint-Esprit diffuse une lumière divine.
- Le cœur de Marie est sculpté sur le dernier panneau de la cuve, en partie caché par le pilier. Au XVIIe siècle, un prêtre, Jean-Eudes (1601-1680) élabore les éléments d'un culte en l'honneur de la Vierge Marie. Pour les théoriciens de la contre-réforme catholique, le croyant vient au Christ à travers Marie, comme le Christ est venu à travers elle pour sauver les hommes. Le culte du Cœur Immaculé de Marie se développe à partir des années 1650.
À ces panneaux se rajoutent les représentations suivantes :
- Le Bon Pasteur sur le panneau reliant la cuve au dais.
- La colombe au plafond de l'abat-voix. Ce dernier est très richement décoré. La colombe représente selon une iconographie classique dans le monde chrétien, l'action de l'Esprit Saint.
Le coq du clocher de l'église mesure 0,56 m de la queue à la pointe du bec pour une hauteur de 0,26 m. Il est d'aspect très fusiforme. Il a été restauré en 1972. Il daterait de la reconstruction du clocher à la suite des dommages causés par la foudre tombée en 1760. La croix qui supporte le coq a été forgée en 1802.
La cloche de l'église date de 1877. Elle a été fondue par les ateliers M. Martin de Nancy.
La lanterne des morts
La lanterne des morts de Château-Larcher se dresse dans le cimetière. Elle date du début du XIIIe siècle. Elle est classée Monument Historique depuis 1840.
L'ancienne église paroissiale
L'ancienne église paroissiale, désaffectée depuis le XVIIe siècle, se situe à l'extrémité sud-est du cimetière actuel. Aujourd'hui, elle est transformée en écurie ; toutefois, il est toujours possible de voir son portail occidental, ainsi qu'une fenêtre légèrement désaxée, au-dessus. Ces deux ouvertures en plein cintre sont murées. Des fouilles pourraient confirmer si c'est bien à cet emplacement que fut bâtie la première chapelle de Château-Larcher, dédiée à Notre-Dame, en 857.
La chapelle de Baptresse
La chapelle est une petite basilique surmontée d'une croix de Malte. Elle a été probablement fondée au IVe siècle, après la mort de Maxence. Elle atteste l'ancienneté de l'occupation religieuse du site, et un autel gallo-romain du IIe siècle y a été retrouvé. L'autel a été déposé au musée Sainte-Croix de Poitiers.
Détruite par les protestants pendant les guerres de religion cette chapelle a été reconstruite peu après. Sa simplicité architecturale révèle la relative modestie de cette ancienne paroisse, ainsi que la crainte des invasions et des pillages. La charpente a été plusieurs fois incendiée.
De nouveaux vitraux ont été installés en 2013. Ils ont été réalisés par G. Levert.
L'ancien presbytère de Baptresse
Ensemble bâti dénommé la Bégasserie situé presque en face de la chapelle datant du XVe qui servit de métairie au bénéfice de l’abbaye de Saint-Cyprien et de presbytère des curés de Baptresse. Vendu comme bien national à la Révolution, le sieur Jean-Baptiste Desbois (notaire puis Juge de paix de Vivonne) fera ériger l’actuelle Maison de maître dans laquelle le fils J-B. Alexis Desbois y installa son étude notariale (1819-1860). Le logis servit de maison commune de Baptresse jusqu’en 1845. Labellisé Fondation du patrimoine en 2019.
La croix hosannière de Baptresse
La croix tire son nom de l’hébreu Hosanna, premier mot d'un hymne qui était chanté le jour des Rameaux. Par tradition, les villageois se rendaient en procession ce jour-là jusqu'au cimetière. Une fois la procession arrivée au pied de ce calvaire, les paroissiens, ensemble, chantaient l'Hosanna.
PATRIMOINE CIVIL
Le château
Le château.
Il ne reste que des ruines du château.
La première mention d'une place forte date de 888 ; de cette place forte carolingienne, il ne reste, de nos jours, aucun vestige.
Le domaine devint propriété du domaine royal sous Saint Louis, lorsque celui-ci eut confisqué la forteresse à Hugues X de Lusignan, comte de la Marche et d'Angoulême, qui s'était rebellé contre le roi de France. Le roi fit raser le château en représailles de la révolte contre sa mère Blanche de Castille et du ralliement de cette famille du Poitou aux Anglais avant la bataille de Taillebourg en 1242.
Reconstruit, le château subit de nouveaux dommages pendant la guerre de Cent Ans.
À peine relevé, il fut dévasté par deux fois par les protestants pendant les guerres de Religion.
Rebâti par les Rochechouart qui l'occupèrent de 1504 à 1638, il fut ensuite abandonné, la famille étant appelée à la cour et préférant d'autres demeures plus au goût du jour.
Pendant la Révolution, comme de nombreux autres châteaux en France, il servit de carrière de pierre, notamment pour les habitants du village.
Toutefois, quelques éléments remarquables sont encore visibles de nos jours, comme le castelet d'entrée avec sa porte encadrée par deux grosses tours, sa terrasse qu'occupent encore quelques habitations dans les anciennes écuries et logements des domestiques, le donjon et une ancienne tour séparés du reste du château par des douves intérieures et un pont-levis aujourd'hui en pierres (pont dormant).
Le donjon est de forme pentagonale. Il est construit sur un éperon rocheux et devait être élevé afin de surveiller les environs. Il fut construit au XIIIe siècle. Il était desservi par un pont-levis.
Les deux tours du castelet d'entrée étaient couronnées de créneaux et de merlons. Le castelet a été reconstruit au XIVe siècle. Il possédait, alors, une herse et un pont-levis qui prouve l'existence de douves sèches qui ont été comblées au cours des âges par du remblai provenant de la destruction de la muraille.
Les tours du châtelet d'entrée ont été classées monument Historique en 1912, le château et le donjon inscrits comme monuments Historiques en 1927.
La capitainerie du château est un bâtiment qui a été construit entre le XIVe et le XVe siècle ; il a conservé sa toiture en tuile plate du Poitou. Le château propriété de la commune depuis 1997, abrite de nos jours l'office du tourisme.
La tour Mangin
La tour Mangin est située au centre du bourg. Ses fondations dateraient du Xe siècle. Elle portait le nom de Metgon, puis progressivement le nom est devenu Tour-à-Mesguen pour enfin prendre aujourd'hui le nom de Mangin. La forme actuelle date du XVe siècle. Elle est haute de 13,30 mètres. Elle possède trois niveaux. Elle est percée de nombreux postes de tir : archères, canonnières.
Les dolmens
Ils sont situés à 2 km du bourg, sur le plateau de Thorus. En 1838, on dénombrait encore six dolmens. Les fouilles menées en 1911 ont permis de mettre au jour des ossements humains, des flèches en silex, un poignard, une hache et des bijoux.
Les deux dolmens d'Arlait sont inscrits comme monument historique, l'un depuis 1975 et l'autre depuis 1977. Ils datent de - 3500 av. J.-C.
Le manoir
Il est inscrit comme monument historique depuis 1973 pour sa chapelle et sa toiture.
Le manoir est en fait un hospice. Il a été construit en 1784 par l'abbé Gaspar de Cressac. Il est doté d'une belle toiture d'ardoise à la Mansart. Sa fonction d'hospice a duré jusqu'en 1962; des religieuses accueillaient et soignaient les pauvres et les malades de la région.
Le bâtiment a été restauré en 1994 par la commune; de nos jours, il abrite des logements locatifs.
Une chapelle a été rajoutée en 1785. Elle fut pillée en 1792 et puis elle fut transformée en écurie en 1794. Après la période révolutionnaire, elle retrouva sa fonction religieuse.
PATRIMOINE NATUREL
Trois espaces naturels de la commune ont un intérêt écologique reconnu, et sont ainsi classés en tant que espaces naturels sensibles (ENS ):
- Les Chaumes de Thorus ;
- Le Moulin de Chambon ;
- Le Val de Clouère.
Le plateau de Thorus
C'est un site classé zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique(ZNIEFF)[37]. Le plateau représente 4 % de la surface de la commune.
Les sols du plateau sont des groies peu profondes, riches en cailloux calcaires, à faible réserve en eau. Ces terres sont très sélectives pour la végétation. En effet, notamment l'été lorsque la pluie est rare, la végétation présente un aspect maigre et rabougri. Compte tenu de ces conditions particulière, une végétation très originale a pu se développer, composée de buissons de genévrier, de spirées, de chênes pubescents. Cette zone présente un intérêt biologique et botanique remarquable, dont témoignent notamment neuf espèces végétales qui participent à la richesse du patrimoine végétal du département de la Vienne : Le bugle de Genève, la campanule à petites fleurs, la capillaire de Vénus, la corydale à bulbe plein, le géranium sanguin , l'hélianthème à feuilles de saule, la sabline des chaumes, le spirée d'Espagne, la véronique prostrée.
Arbres remarquables
Selon l'Inventaire des arbres remarquables de Poitou-Charentes, il y a trois arbres remarquables sur la commune qui sont un pin Douglas au monument aux morts, un cyprès de Lawson au lieu-dit Montchoix, un noyer commun sur le plateau de Thorus. Un châtaignier commun d'environ 400 ans se situe au lieu-dit Baptresse.
